Notre-Dame, Stade de France, une grande messe sur les Champs-Élysées avant Lourdes dimanche puis Metz lundi. Le pape Léon XIV entame vendredi 24 septembre sa première visite en France depuis le début de son pontificat.
Ce premier déplacement dans l’Hexagone ressemble à un retour aux sources pour le souverain pontife. Né en 1955, à Chicago, aux États-Unis, le souverain pontife a en effet des attaches familiales avec la France.
"Léo – Robert Prévost avant son élection comme pape – a des liens français des deux côtés de son arbre généalogique. Son nom de famille lui vient de son arrière-grand-mère paternelle, née en Normandie. Du côté de sa mère, il a des origines franco-canadiennes et des Antilles", résume le chercheur américain Christopher White de l’université de Georgetown, auteur de l’ouvrage "Pope Leo XIV Inside the Conclave and the Dawn of a New Papacy" (éditions Loyola Press).
Selon le site de recherches généalogiques Geneanet, le pape est finalement à 40 % français : "Il est majoritairement français du point de vue généalogique. Ses racines, tant paternelles que maternelles, puisent en effet en France".
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Suzanne Fontaine, La Normande
Un acte de naissance français et rédigé au Havre mentionne ainsi la venue au monde, le 2 février 1894, de Suzanne Louise Marie Fontaine, fille d'Ernest Auguste Fontaine, garçon pâtissier, et de Jeanne Eugénie Prévost, sans profession. Cette petite Normande est vouée à un destin peu ordinaire.
Issue d’une famille modeste, elle émigre aux États-Unis en 1915 en pleine Première Guerre mondiale avec comme destination New York. C’est là qu’elle tombe amoureuse, peu après son arrivée, d’un Sicilien déjà marié, lui aussi fraîchement arrivé en Amérique et nommé Salvatore Riggitano.
Le couple donne naissance à deux fils, mais qui ne peuvent pas porter le nom de famille de leur père. On leur attribue celui de leur grand-mère maternelle : Prevost. L’un de ces enfants illégitimes, Louis Marius Prevost, né en 1920, est le père du futur pape Robert Prevost. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il sert dans l’armée américaine et retrouve les côtes normandes de ses ancêtres lors du Débarquement, le 6 juin 1944. Quelques semaines plus tard, il participe également au débarquement en Provence. À la fin de la guerre, il atteint le grade de lieutenant de vaisseau.
Une génération après l’arrivée de Suzanne aux États-Unis, le français est toujours présent dans la famille. L’oncle du futur pape Jean Prévost enseigne d’ailleurs cette langue et publie dans les années 1950 une étude sur le Dandysme en France entre 1817 et 1839. Mais cette culture française ne se transmet pas aux petits enfants. "Le pape parle mal le français, même s’il l’apprend actuellement de manière intensive", souligne Martin Dumont, secrétaire général de l'Institut de recherche pour l'étude des religions.
Selon Christopher White, Léon XIV connait peu l’histoire de France, mais manifeste de plus en plus d’intérêt à ce sujet : "Lors d'un déjeuner au Vatican, quelques jours après son élection, il a déclaré à l'éditeur français Marc Leboucher [le directeur littéraire des éditions Salvator et co-auteur d'une biographie sur Léon XIV, NDLR] : 'Vous pourrez me renseigner sur les origines de mon grand-père !' Quelques mois plus tard, il a aussi rencontré l'historien américain Robert Louis Gates afin d'approfondir ses connaissances sur sa généalogie".
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Peu De Séjours En France
Malgré cette curiosité, le pape, âgé de 71 ans, n’est venu que rarement en France. "Il a séjourné à Lourdes à deux reprises en pèlerinage, à 19 ans quand il était étudiant et à 29 ans, quand il était tout jeune prêtre", raconte Martin Dumont, auteur du livre "La France dans la pensée des papes".
Deuxième lieu de dévotion catholique après Rome, le sanctuaire de Lourdes va accueillir samedi 25 et dimanche 26 le souverain pontife. "C’est un lieu qui a une place très particulière pour tous les papes car c’est le lieu des apparitions de la Sainte Vierge. Les croyants y viennent pour y chercher la paix et la consolation. Il y a une dimension de piété populaire qui est primordiale pour Léon XIV", décrit l’historien français. "C’est vrai que le pape aurait pu y retourner à d’autres reprises, mais il ne l’a tout simplement pas fait à cause de l’éloignement géographique".
Ordonné prêtre dans l’Ordre de Saint-Augustin en 1982 à Rome, Robert Prévost n’est pas resté longtemps en Europe. Il a travaillé pendant plus de 20 ans comme missionnaire au Pérou dont il a obtenu la nationalité. Ce n’est que sous le pontificat de François qu’il a eu l’opportunité de revenir en France. "C’est lui qui l’a nommé en 2023 préfet du Dicastère, en charge des nominations épiscopales dans le monde entier. C’est en ayant cette charge qu’il a accompagné le pape François à Marseille en septembre 2023 et en Corse en décembre 2024", explique Martin Dumont.
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Un Livre De Chevet Français
Si ses liens avec la France sont finalement ténus, ce spécialiste de la papauté constate cependant que Léon XIV se réfère souvent à des figures françaises : "Autant les liens familiaux me semblent secondaires, autant la spiritualité me paraître vraiment importante".
Peu après son élection le 28 mai 2025, le 267e pape a ainsi adressé une lettre aux évêques de France à l'occasion du centenaire de la canonisation de saint Jean Eudes, de saint Jean-Marie Vianney et de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. "Avec ce texte, il montre qu’il souhaite que les catholiques s’intéressent à leur histoire religieuse pour aller de l’avant et espère un nouvel élan missionnaire en France. Ces saints français parlent au pape actuel qui a été lui-même missionnaire pendant plus de 20 ans.".
Lors de son séjour à Paris, Léon XIV va aussi marcher sur les traces de son maître spirituel. En décembre dernier, lors du vol retour de son déplacement au Liban, le souverain pontife avait confié à des journalistes que son livre de chevet était celui d’un religieux français du XVIIe siècle, Laurent de la Résurrection.
"C’est un religieux originaire de Lorraine qui a résidé dans le couvent des Carmes où se trouve aujourd’hui l’Institut catholique de Paris où va se rendre le pape le 26 septembre", décrit Martin Dumont. "Léon XIV dit que son ouvrage "La pratique de la présence à Dieu" est vraiment le livre qui le définit. Selon Laurent de la Résurrection, un chrétien doit penser régulièrement à Dieu dans sa vie de tous les jours et tout remettre entre ses mains".
Oublié en France, ce frère Carme a touché de nombreux croyants en Angleterre et aux États-Unis où ses écrits sont des best-sellers. Pour le Pape, son exemple est une façon de "donner simplement sa vie à Dieu en le laissant nous guider".
Le petit garçon originaire de Chicago a ainsi gravi les échelons jusqu'à atteindre le Vatican en suivant ses préceptes. Son aïeule, Suzanne Fontaine n'a pu assister à son parcours. Quatre-vingt cinq ans après sa naissance au Havre, elle est décédée en 1979 à Détroit. La petite histoire ne dit pas si elle est retournée un jour en France. Sur son avis de décès publié dans la presse, il est indiqué qu’elle était "une grand-mère aimante" pour ses trois petits-enfants ; Louis, John et Robert, le futur pape, aujourd’hui de retour sur ses terres.