Cisjordanie Occupée : À Masafer Yatta, des Colons Israéliens Installés en Zone Militaire Interdite

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Sur toutes les photos, on distingue les mêmes types d'installations : des maisons isolées en haut d'une colline, au bout de chemins parfois nouvellement tracés. Des hangars y sont souvent accolés, devant lesquels des pick-ups ou des tracteurs sont garés.

Ces clichés, récupérés par la rédaction des Observateurs de France 24 grâce à des ONG israéliennes et des activistes sur place, montrent des avant-postes israéliens installés dans l'aire de Masafer Yatta, en Cisjordanie occupée. 

Tous sont pourtant situés dans une zone militaire délimitée par l'armée israélienne, qui y a interdit toute construction. Car la zone militaire d'entraînement israélienne en question, dénommée "Zone 918", est officiellement définie par Israël comme une zone d'entraînement au tir.

L'armée israélienne a établi cette zone militaire interdite à la construction au début des années 80 et en a depuis fait l'argument central de son opération de déplacement des douze villages palestiniens de Masafer Yatta. Malgré de multiples recours de la part des 1 150 habitants palestiniens de cette aire semi-désertique au sud d'Hébron, la justice israélienne a définitivement validé en mai 2022 le périmètre de la zone de tir, menaçant de destruction directe l'ensemble des douze villages palestiniens.

"La Haute cour a donné le feu vert au plus large transfert de population de l'histoire de l'occupation [en Cisjordanie occupée] depuis le début des années 70", avait à l'époque dénoncé l'organisation israélienne de défense des droits des Palestiniens Breaking the Silence.

Au Moins Neuf Avant-Postes Construits Depuis 2020 

C'est pourtant dans cette même zone interdite à la construction que des colons israéliens ont pu s'installer : selon notre analyse fondée sur la comparaison d'images satellite de 2020 à septembre 2026, neuf avant-postes ont été construits au cours des années 2020. Certains d'entre eux ont même été construits après la décision de la justice israélienne de mai 2022.

La rédaction des Observateurs a cartographié ces constructions (voir les hachures orangées ci-dessous), toujours présentes en septembre 2026, et situées autour des trois principales colonies israéliennes qui entourent la zone : Ma'on, Avigayil et Mitzpe Yair.

Le principal axe de développement se trouve au sud de Ma'on, au nord de la zone militaire. Depuis le début des années 2020, au moins cinq de ces groupements de bâtiments, situés parfois jusqu'à un kilomètre au sein de la zone militaire, sont visibles le long de la route qui s'enfonce dans la zone militaire.

Des images satellite de septembre 2026 montrent que ces avant-postes se composent de près d'une trentaine de bâtiments et installations agricoles, installés dans la Zone 918 entre 2020 et 2026. La colonie de Ma'on, construite en 1981 au bord de la zone, s'étalait elle aussi déjà en petite partie dans la zone militaire dès les années 80.

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Plusieurs de ces installations sont également visibles sur des photos prises en 2025 par le photographe et activiste Omri Eran Vardi et envoyées à notre rédaction. On y observe des constructions, souvent en dur, disposées le long de la route qui part de Ma'on vers le sud.

Plus D'un Kilomètre Dans La Zone Militaire

Les quatre autres avant-postes ont été construits autour des colonies israéliennes de Mitzpe Yair et Avigayil. À l'est de la première, des colons israéliens ont par exemple construit deux avant-postes dans la Zone 918 à partir de 2024. L'un d'entre eux, plus isolé, se situe même à plus d'un kilomètre à l'intérieur de la zone militaire (voir ci-dessous).

À l'est d'Avigayil, des colons israéliens se sont également installés dans la zone militaire, parfois à proximité immédiate de villages palestiniens. Un avant-poste a par exemple été construit à partir de 2023 à environ 500 mètres au sud du village d'Al Mufaqara. 

D'après des photos prises par un journaliste palestinien en septembre 2026 et communiquées à notre rédaction, l'avant-poste installé sur une colline ressemble à une petite exploitation agricole. Au-delà du hangar accolé à la maison en dur et à plusieurs préfabriqués, on observe la présence d'un tracteur, de ballots de paille et d'un enclos pour cheval.

"Un Même Projet Politique Visant À Procéder À Un Nettoyage Ethnique"

Ces avant-postes israéliens sont-ils menacés de destruction par l'armée israélienne ? Ce n'est pas le cas, selon les organisations de défense des droits humains présentes sur place.

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Dans le même temps, au moins trois villages palestiniens de Masafer Yatta ont été détruits au cours du mois de septembre. Le 2 septembre, le village de Khirbet a-Tabban a été presque entièrement rasé par quatre bulldozers israéliens, privant plus de 70 personnes de leurs maisons. Le 23 septembre, Israël a aussi visé l'un des principaux hameaux de la zone, le village de Jinba.

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"Tous les villages de Masafer Yatta sont sous la menace de démolition et de déplacement", dénonce l'ONG israélienne B'Tselem, qui estime que les avant-postes israéliens font partie d'une stratégie plus globale de déplacement forcé de la part d'Israël : 

"La délimitation de la zone de tir, la démolition de logements, la mise en place d'avant-postes, et les attaques menées par des colons constituent autant d'éléments d'un même système et d'un même projet politique visant à procéder à un nettoyage ethnique de la région pour en chasser la population palestinienne et à établir une présence et un contrôle juif-israélien sur l'ensemble du territoire."

Au-delà de la présence de ces installations, les ONGs alertent également sur les attaques de ces colons israéliens contre la population. "Le plus grave, ce ne sont pas les installations, mais les mouvements des colons", décrit à la rédaction des Observateurs un activiste israélien qui souhaite rester anonyme et travaille sur Masafer Yatta.

"Les véhicules tout-terrain, les drones, les attaques et vols de troupeaux : tout cela est bien plus efficace pour créer un climat menaçant et rendre la vie insupportable pour les Palestiniens", déplore-t-il. Ces dernières années, de nombreux attaques de colons à Masafer Yatta ont été documentées et dénoncées par plusieurs ONGs, comme Médecins sans frontières .

Les ONG dénoncent également la difficulté d'accès à la zone de Masafer Yatta, contrôlée par l'armée israélienne, contrairement aux colons israéliens qui y seraient présents au quotidien.

Interrogée par la rédaction des Observateurs de France 24, l'administration en charge des activités gouvernementales israéliennes dans les territoires palestiniens (Cogat), qui organise les démolitions des villages à Masafer Yatta, avait déclaré à notre rédaction le 7 septembre que les villages palestiniens étaient considérés comme des "structures illégales installées dans une zone de tir" de l'armée, "dans une zone où la construction est interdite".

Contacté de nouveau au sujet de la différence de traitement entre les villages palestiniens et les installations israéliennes situées dans cette même zone militaire, le Cogar n'a pas encore répondu à nos demandes à la publication de notre article.

La région de Masafer Yatta est devenue célèbre à la suite du documentaire No Other Land, co-réalisé par les journalistes palestiniens Basel Adra et Hamdan Ballal et israélien Yuval Abraham. Le film, qui documente la vie des villages palestiniens sous l'occupation israélienne, a reçu l'Oscar du meilleur documentaire en 2025.

En Cisjordanie occupée, 18 % du territoire sont considérés par l'armée israélienne comme une zone militaire depuis les années 70. Selon le procès-verbal d'une réunion ministérielle de 1981 publié par Haaretz en 2020, le ministre de l'Agriculture de l'époque, Ariel Sharon, qui deviendra plus tard Premier ministre, avait proposé la création de la Zone 918 dans le but explicite de forcer les villages palestiniens au déplacement pour conserver "ces zones, qui sont si vitales, entre nos mains".